Pourquoi comparer une IA à un grand groupe de médecins ?
Les réseaux de neurones, des programmes qui apprennent à reconnaître des images, pourraient aider à détecter le mélanome, le cancer de la peau le plus grave. Mais les études précédentes comparaient surtout l'IA à de petits groupes de médecins. On manquait de données face à des groupes plus larges.
Cette étude voulait donc mesurer l'écart avec un grand panel international, pour savoir ce que l'outil apporte vraiment par rapport à la pratique réelle des dermatologues.
Comment l'expérience s'est-elle déroulée ?
Les chercheurs ont utilisé un réseau de neurones de Google (Inception v4), entraîné et validé sur des images de dermoscopie avec les diagnostics correspondants. Puis ils ont fait passer un test de 100 images à 58 dermatologues venus de plusieurs pays, dont 30 experts.
Le test avait deux niveaux. Au niveau I, les médecins ne voyaient que l'image de dermoscopie. Au niveau II, ils recevaient en plus des informations et des images cliniques. À chaque fois, il fallait dire si la lésion était maligne ou non.
L'étude est enregistrée dans un registre allemand des essais cliniques (DRKS00013570), ce qui garantit que la méthode a été annoncée à l'avance.
Que montrent les résultats ?
Au niveau I, les dermatologues ont repéré en moyenne 86,6 % des mélanomes (sensibilité) et écarté correctement 71,3 % des lésions bénignes (spécificité). Avec des informations cliniques en plus, la sensibilité est montée à 88,9 % et la spécificité à 75,7 %.
Quand on règle l'IA pour qu'elle repère autant de mélanomes que les médecins, elle écarte plus souvent les lésions bénignes : 82,5 % de spécificité. L'aire sous la courbe ROC (un score global où 1 est parfait) était de 0,86 pour l'IA contre 0,79 en moyenne pour les dermatologues.
Le programme a aussi été comparé aux cinq meilleurs algorithmes d'un concours international de 2016 (ISBI) et a obtenu des résultats proches des trois premiers. L'ajout d'informations cliniques a amélioré la performance des médecins, ce qui montre l'importance du contexte.
Les chiffres clés
- 58dermatologues de plusieurs pays comparés à l'IA, dont 30 experts
- 82,5 %de spécificité pour l'IA, contre 71,3 % pour les dermatologues (niveau I)
- 0,86score global de l'IA (aire sous la courbe ROC), contre 0,79 en moyenne pour les médecins
Qu'est-ce que cela change pour les patients ?
Pour un patient, une meilleure spécificité signifie en théorie moins de lésions bénignes prises à tort pour des cancers, donc moins d'ablations inutiles, sans laisser passer plus de mélanomes. Les auteurs concluent que les médecins, quelle que soit leur expérience, pourraient bénéficier de l'aide d'une IA pour classer les images.
Cette idée d'aide au médecin est la plus réaliste : il s'agit d'un second avis, pas d'un remplaçant.
Les auteurs précisent que ce bénéfice vaut quel que soit le niveau d'expérience du médecin : débutants comme experts pourraient en profiter. Reste à savoir comment intégrer cet avis dans le travail quotidien.
Quelles sont les limites de cette étude ?
Le test portait sur 100 images : c'est un cadre expérimental, bien plus simple qu'une consultation où le médecin examine toute la peau et connaît l'histoire du patient. Les médecins n'ont pas non plus travaillé dans leurs conditions habituelles.
L'étude ne dit pas si les patients sont mieux soignés en pratique avec cet outil. Des essais en conditions réelles sont encore nécessaires.
Un grain de beauté qui t'inquiète : préparer la consultation
Dans cette étude, l'IA a fait aussi bien que beaucoup de dermatologues sur des images, avec moins d'ablations inutiles. Cela ne se passe pas encore dans tous les cabinets, et c'est ton dermatologue qui décide.
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Questions fréquentes
L'IA est-elle meilleure que les dermatologues pour le mélanome ?
Dans ce test de 100 images, elle a surpassé la plupart des 58 dermatologues sur la spécificité. C'était un cadre expérimental : cela ne veut pas dire qu'elle fait mieux qu'un médecin en consultation.
Qu'est-ce que la spécificité ?
C'est la part des lésions bénignes que le test écarte correctement. Plus elle est élevée, moins on prend à tort une lésion bénigne pour un cancer.
Qu'est-ce que la dermoscopie ?
C'est l'examen de la peau avec une loupe spéciale éclairée, le dermatoscope, qui permet de voir des détails invisibles à l'œil nu.
Cet outil est-il utilisé dans les cabinets ?
L'étude ne l'indique pas. Elle compare l'IA à des médecins sur un jeu d'images et conclut que ces derniers pourraient bénéficier de son aide.
L'étude originale
Haenssle HA, Fink C, Schneiderbauer R, et al. « Man against machine: diagnostic performance of a deep learning convolutional neural network for dermoscopic melanoma recognition in comparison to 58 dermatologists. » Annals of Oncology, août 2018. DOI : 10.1093/annonc/mdy166
Lire l'étude complète dans Annals of OncologyCet article résume une étude scientifique et ne remplace pas un avis médical.