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Génétique2019Ampleur : 1 sur 3, preuve de concept

Génétique : une IA qui repère les mutations perturbant la découpe de l'ARN

Une étude publiée dans la revue Cell en 2019 a présenté un réseau de neurones qui repère, à partir de la seule séquence de l'ARN, les points où la cellule découpe et recolle le message génétique (l'épissage). Il aide à identifier des mutations jusque-là sous-estimées, et les auteurs estiment qu'elles expliquent 9 % à 11 % des mutations responsables de maladies génétiques rares.

Cell, 2019Read in English

Qu'est-ce que l'épissage de l'ARN et pourquoi est-ce important ?

Pour fabriquer une protéine, la cellule copie d'abord un gène sous forme d'ARN, une sorte de brouillon. Ce brouillon est ensuite découpé et recollé : on enlève certains morceaux et on garde les autres. Cette étape s'appelle l'épissage.

Elle est d'une grande précision, mais les mécanismes qui permettent à la cellule de choisir les bons endroits de découpe ne sont pas entièrement compris. Une mutation, c'est-à-dire un changement dans l'ADN, peut déplacer une découpe et fabriquer un message erroné.

Les erreurs d'épissage sont une cause connue de maladies, mais on ne savait pas bien les repérer quand elles venaient de changements discrets, loin des endroits de découpe évidents.

Comment les chercheurs ont-ils procédé ?

Ils ont conçu un réseau de neurones profond, un programme qui apprend seul à partir d'exemples, capable de repérer avec précision les jonctions d'épissage dans n'importe quelle séquence d'ARN non découpé.

Ils s'en sont servis pour repérer des mutations qui causent un épissage caché (dit cryptique) : des changements dans des zones non codantes, ou qui ne modifient pas la protéine, et que l'on pensait souvent sans conséquence.

La force de l'approche est qu'elle n'a besoin que de la séquence : on n'a pas besoin de mesurer l'ARN de chaque patient pour obtenir une première piste.

Qu'ont-ils découvert ?

Les mutations signalées comme perturbant l'épissage se sont confirmées à un taux élevé quand on a regardé l'ARN de vraies cellules par séquençage. Elles sont aussi fortement défavorables dans la population humaine, c'est-à-dire qu'elles sont rarement conservées d'une génération à l'autre.

Chez des patients atteints d'autisme ou de déficience intellectuelle, les mutations nouvelles qui perturbent l'épissage sont plus fréquentes que chez des témoins en bonne santé. Chez 28 de ces patients, 21 ont été confirmées par séquençage de l'ARN. Au total, les auteurs estiment que 9 % à 11 % des mutations responsables de maladies génétiques rares relèvent de cette catégorie, auparavant sous-estimée.

Ce travail suggère que l'on a longtemps regardé au mauvais endroit : des mutations jugées sans effet pourraient en réalité compter dans des maladies du développement du cerveau, dont l'autisme et la déficience intellectuelle.

Les chiffres clés

  • 21 sur 28patients dont la mutation repérée a été confirmée sur leur ARN
  • 9 % à 11 %part estimée des mutations pathogènes des maladies génétiques rares due à cette catégorie

Qu'est-ce que cela peut changer pour les patients ?

Pour une famille qui cherche l'origine d'une maladie génétique rare sans la trouver, cela veut dire que certaines causes pourraient se cacher dans des mutations jusque-là écartées. Un meilleur repérage pourrait, à terme, aider à poser plus de diagnostics.

Il s'agit pour l'instant d'un outil de recherche pour comprendre la génétique, pas d'un test que l'on peut demander aujourd'hui.

Quelles sont les limites ?

Le résultat chez les patients repose sur un petit groupe : 28 personnes pour la vérification en laboratoire. Une mutation qui perturbe l'épissage n'est pas toujours la cause de la maladie, et il faut encore démontrer le lien dans chaque cas.

L'estimation de 9 % à 11 % est une estimation des auteurs, qui devra être précisée par d'autres études.

Une maladie rare sans cause trouvée : préparer les questions

Cette recherche en laboratoire aide à repérer des mutations dont l'effet passait inaperçu. Ce n'est pas un test à l'hôpital, mais pour une famille sans diagnostic, cela peut un jour rouvrir des pistes.

Si ta famille cherche une cause depuis longtemps, Mima garde la trace des rendez-vous, des examens et des réponses reçues. Elle t'aide à préparer la question : « Mon dossier génétique pourrait-il être réexaminé avec les méthodes les plus récentes ? » Elle explique aussi les mots difficiles.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'épissage ?

C'est l'étape où la cellule découpe un brouillon de gène (l'ARN) et en recolle certains morceaux avant de fabriquer une protéine. Si la découpe est mal placée, le message est faux.

Qu'est-ce qu'une mutation cryptique ?

C'est un changement de l'ADN qui paraît anodin, par exemple parce qu'il ne modifie pas la protéine, mais qui déplace en réalité une découpe de l'ARN.

Ce programme permet-il un nouveau test génétique ?

L'étude ne le propose pas. C'est un outil de recherche qui aide à comprendre quelles mutations peuvent causer une maladie.

Cela concerne-t-il l'autisme ?

L'étude a observé que ces mutations sont plus fréquentes chez des patients autistes ou avec déficience intellectuelle que chez des témoins en bonne santé. Cela ne veut pas dire qu'elles expliquent tous les cas.

L'étude originale

Jaganathan K, Kyriazopoulou Panagiotopoulou S, McRae JF, et al. « Predicting Splicing from Primary Sequence with Deep Learning. » Cell, 17 janvier 2019. DOI : 10.1016/j.cell.2018.12.015

Lire l'étude complète dans Cell

Cet article résume une étude scientifique et ne remplace pas un avis médical.