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Infectiologie2020Ampleur : 1 sur 3, preuve de concept

Halicine : l'IA a trouvé un antibiotique inédit en explorant des millions de molécules

Dans une étude publiée dans Cell en 2020, des chercheurs ont entraîné une IA à repérer des molécules qui tuent les bactéries, et elle a désigné l'halicine, un composé de structure très différente des antibiotiques connus. En laboratoire, il agit sur de nombreuses bactéries, dont celle de la tuberculose. Chez la souris, il a traité des infections, dont l'une due à une bactérie panrésistante (résistante à tous les antibiotiques classiques).

Cell, 2020Read in English

Pourquoi a-t-on besoin de nouveaux antibiotiques ?

Les bactéries finissent par résister aux antibiotiques qu'on utilise depuis longtemps : on parle de résistance. Les infections causées par ces bactéries deviennent plus difficiles à soigner, et les auteurs soulignent un besoin croissant de nouveaux antibiotiques.

Le problème est que trouver un nouvel antibiotique est lent et coûteux. Tester des molécules une par une en laboratoire ne permet d'explorer qu'une toute petite partie des molécules possibles.

Pendant ce temps, peu de nouvelles familles d'antibiotiques arrivent. Tout outil qui aide à explorer plus vite et plus largement les molécules possibles est donc regardé avec intérêt par les chercheurs.

Comment l'IA a-t-elle été entraînée ?

L'équipe a entraîné un réseau de neurones profond, un type d'IA qui apprend à reconnaître des motifs, à repérer les molécules qui empêchent des bactéries de se développer. Une fois entraînée, l'IA a pu examiner de très grandes bibliothèques de molécules sans avoir à les tester une par une dans des tubes.

Elle a d'abord été utilisée sur le Drug Repurposing Hub, une collection de molécules déjà connues pour d'autres usages. Elle a ensuite parcouru une banque de plus de 107 millions de molécules appelée ZINC15.

Cette approche change la logique habituelle : au lieu de tester d'abord et de comprendre ensuite, l'IA propose une courte liste de candidats, que les chercheurs vérifient ensuite en laboratoire.

Qu'a-t-elle trouvé ?

Dans la première collection, l'IA a désigné une molécule baptisée halicine. Sa structure est très différente de celle des antibiotiques habituels. En laboratoire, elle tue (on dit « bactéricide ») une large variété de bactéries, y compris Mycobacterium tuberculosis, l'agent de la tuberculose, et des entérobactéries résistantes aux carbapénèmes, des antibiotiques de dernier recours.

Chez la souris, l'halicine a efficacement traité des infections à Clostridioides difficile et à Acinetobacter baumannii, une bactérie panrésistante, c'est-à-dire résistante à tous les antibiotiques classiques.

Dans la grande banque ZINC15, l'équipe a testé en laboratoire 23 molécules désignées par l'IA parmi plus de 107 millions. Huit se sont révélées antibactériennes, avec des structures éloignées des antibiotiques connus.

Ces résultats comptent, car la tuberculose et les bactéries résistantes aux carbapénèmes font partie des infections les plus difficiles à traiter.

Les chiffres clés

  • plus de 107 millionsde molécules de la banque ZINC15 explorées par l'IA
  • 8 sur 23molécules testées en laboratoire qui se sont révélées antibactériennes, éloignées des antibiotiques connus
  • 2infections résistantes traitées chez la souris (C. difficile et A. baumannii panrésistant)

Qu'est-ce que cela change pour les patients ?

Pour l'instant, rien de concret : l'halicine n'est pas un médicament et n'a pas été donnée à des personnes. L'intérêt est de montrer qu'une IA peut aider à explorer des familles de molécules que les chercheurs n'auraient pas pensé à tester.

À terme, cette approche pourrait aider à élargir l'arsenal d'antibiotiques, notamment contre des bactéries qui résistent aux traitements actuels.

Cela montre aussi comment les ordinateurs peuvent élargir la recherche, pour que les scientifiques consacrent leur temps de laboratoire aux molécules les plus prometteuses.

Quelles sont les limites de cette étude ?

Les résultats viennent du laboratoire et de modèles chez la souris. Ils ne disent rien sur l'efficacité ni sur la sécurité chez l'humain. Il faudra des études de toxicité, puis des essais cliniques, avant d'envisager un médicament, et beaucoup de candidats échouent à ces étapes.

Enfin, sur les 23 molécules testées issues de la grande banque, huit seulement étaient antibactériennes : l'IA n'est donc pas infaillible.

Rappelons aussi qu'une souris n'est pas un être humain : un produit actif chez l'animal peut se révéler inefficace ou mal toléré chez l'humain.

Antibiotiques et résistance : poser les bonnes questions

Cette découverte reste en laboratoire : l'halicine n'est pas un médicament et n'a pas été donnée à des personnes. Elle montre seulement qu'une IA peut aider à explorer de nouvelles pistes contre les bactéries résistantes.

Si tu prends un antibiotique, Mima t'aide à noter les prises, les effets ressentis et les dates de tes ordonnances. Elle explique le traitement en mots simples. Question à poser : « Cet antibiotique est-il vraiment nécessaire dans mon cas, et pendant combien de temps ? »

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'halicine ?

C'est une molécule repérée par une IA, de structure très différente des antibiotiques connus. Elle tue de nombreuses bactéries en laboratoire.

L'halicine est-elle un médicament disponible ?

Non. Elle n'a été testée qu'en laboratoire et chez la souris. Aucun test chez l'humain n'est rapporté dans cette étude.

Qu'est-ce qu'une bactérie panrésistante ?

C'est une bactérie qui résiste à tous les antibiotiques classiques. Ici, l'halicine a traité chez la souris une infection à Acinetobacter baumannii panrésistant.

En quoi l'IA a-t-elle aidé ?

Elle a permis d'examiner des millions de molécules sans les tester une à une, et de désigner celles qui méritaient d'être essayées en laboratoire.

L'étude originale

Stokes JM, Yang K, Swanson K, et al. « A Deep Learning Approach to Antibiotic Discovery » Cell, février 2020. DOI : 10.1016/j.cell.2020.01.021

Lire l'étude complète dans Cell

Cet article résume une étude scientifique et ne remplace pas un avis médical.